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Nice To Hear You 10 – L’apparence avec Adeline Rapon, joaillière et enthousiaste mode

L’habit ne fait pas la parisienne

Les faux semblants, les apparences, celles qu’on pense donner, recevoir, celles qu’on fantasme sur les réseaux sociaux et qu’on fuit dans la réalité. Voici le fil rouge de ce dixième épisode du podcast Nice To Hear You avec Adeline Rapon, mon invitée du jour. Cela fait des années que je me balade sur ses supports à la découverte de ses tenues, de ses idées et plus récemment de ses combats.C’est un peu étrange de rencontrer quelqu’un qu’on a l’impression de saisir, de comprendre, de connaître. Sauter par dessus la barrière de l’écran est toujours comme une suspension dans le vide : tu lâches ton phone et t’as une chance sur deux d’atterrir à côté de ton slip. Mais je crois que j’aime trop faire des acrobaties sur les cordes vocales de mes invité.e.s pour m’arrêter aux likes et aux apparences tronquées. Et d’ailleurs, j’espère que vous aussi. J’espère un peu, comme ça, dans le fond de mon lit le soir, que vous aussi, écouter des histoires, ça vous donne l’envie furieuse de parler, écouter, aller à la rencontre de l’inconnu. Adeline est plus que tout ce que j’avais imaginé et mieux encore. Une fois le micro coupé, le shampoing de flocons orchestré, on s’est pris un café chez Les Niçois, dans le 11e arrondissement histoire de continuer la discussion. C’est riche, c’est simple, c’est rafraîchissant ce genre de rencontre. Mais trêve de niaiseries, et place à l’épisode.

Très bonne écoute !

 

Hyperactive détendue

Adeline Rapon : C’est un peu particulier parce que je suis quelqu’un qui déteste ne rien faire et qui, a la fois, à besoin de passer beaucoup de temps à ne rien faire. C’est très étrange (rires). Je travaille énormément, toute la semaine de 10h à 18h30 en boutique et le soir je cours chez moi, je me remaquille, je m’habille pour repartir. Je me retrouve à travailler autant le soir que le week-end, je ne m’arrête jamais vraiment. Et pourtant, si il y a une journée ou je peux ne rien faire du tout, scroller mon Instagram et passer une série que j’ai déjà vu trois fois sur Netflix ça me va aussi. C’est très contradictoire mais c’est mon équilibre.

 

 

Un rapport conflictuel à l’apparence

Adeline Rapon : Quand j’étais toute petite, je me la racontais un max. Tout le monde trouvait super joli une petite fille avec des cheveux frisés, très longs. Ma mère en prenait très soin donc j’avais toujours une chevelure impeccable. Vers le CM2 l’apparence est devenue beaucoup plus conflictuelle. J’étais fan de « Buffy contre les vampires » et de « Charmed » et c’était que des femmes qui ne me ressemblaient pas. Sarah Michelle Gellar j’en étais folle, je voulais lui ressembler. Ma mère à cette époque lui ressemblait en plus beaucoup. À partir de ce moment là, j’ai commencé à me questionner.

La mode, un réel exutoire

Adeline Rapon : Ma mère a toujours été extrêmement coquette, toujours habillée à la mode et ça lui faisait plaisir de m’emmener dans des magasins de vêtements comme Comptoir des Cotonniers. On se retrouvait énormément à faire du shopping toutes les deux. Ça m’a aidé à me construire une apparence et même à avoir confiance en moi grâce à cette apparence là.

 

 

Libération capillaire

Adeline Rapon : Mes cheveux je les ai lissé de mes 12 ans à mes 24 ans. Quand je me réveillais le matin j’avais pleins de petits bouts de cheveux, cassés, d’un centimètre. Un jour j’ai réalisé qu’il y avait un problème et qu’il fallait que je fasse quelque chose. J’étais en train de détruire mes cheveux. Je voyais de plus en plus de femmes dans la rue avec leurs cheveux naturels et mon copain de l’époque m’a encouragé à arrêter de me lisser les cheveux. J’ai donc passé un été à ne pas me lisser les cheveux. Et quand je suis rentré, je n’ai pas eu envie de me les lisser à nouveau. Jusqu’au moment où je suis allé chez le coiffeur pour les couper, ça a été assez difficile parce que je me retrouvais avec des mots assez bizarres, des personnes qui me disaient que je ressemblais à Tarzan, que ma coupe n’était pas très jolie.

 

 

Les cheveux, vecteurs d’identité

Adeline Rapon : Au 17e siècle, les flemmes cherchaient à avoir du volume sur leurs têtes. Plus les cheveux montaient hauts, plus c’était prestigieux. Les femmes noires pouvaient avoir ce volume sans artifices. La loi Tignon, en Louisiane s’est propagée un peu partout et a imposée aux femmes noires de couvrir leurs cheveux. Cette loi a perdurée bien après l’invention du lissage. Il fallait que tout corresponde au modèle dominant.

S’affranchir des diktats de beauté

Adeline Rapon : Pour ce qui est des poils, c’est surtout en lisant des livres et en suivant des femmes comme Diglee. En lisant ça je me suis questionné sur mes motivations. J’ai la peau très sensible et l’épilation m’abîme énormément la peau. J’ai eu envie d’essayer et j’ai commencé par les aisselles. Aujourd’hui je n’en suis pas encore réellement libre parce que je m’épile toujours les jambes. Le processus est long.

 

 

Sororité et pleine lune

À l’enterrement de vie de jeune fille de ma meilleure amie, on est partis en Italie. On avait loué une grande maison avec une grande piscine. Le premier soir, on pose les valises, on ne sort pas nos maillots et on s’est toutes mises à poil. On s’est toutes regardées et on s’est rendues compte qu’on était toutes différentes. C’était un moment très cool, c’était beau.

 

Pour découvrir l’univers d’Adeline, rendez-vous sur son tumblr, son compte Instagram @adelinerapon ou sur benoitjoaillier.com.

Références liées à l’épisode :

Ovidie :

Porno Manifesto

Pornocratie, les nouvelles multinationales du sexe

Diglee :

Libres – Ovidie & Diglee

Virginie Despentes :

King Kong Théorie

Chimamanda Ngozi Adichie :

We should all be feminists

Americanah

Chère Ijeawele, ou un manifeste pour une éducation féministe 

Amandine Gay :

Ouvrir la voix

Françoise Vergès :

Le ventre des femmes

Wear Lemonade :

Collection capsule  » Les glorieuses « 

Patrons à télécharger

 

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