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INTERVIEW / La Seine et Moi

Une marque au poil

J’ai découvert Lydia et sa marque « La Seine et Moi » sur Instagram. En plein hiver, la truffe gelée, l’oeil hagard, je scrollais mon feed à la recherche d’une image douce à me coller sous le pouce. Et là, parmi les suggestions de mes congénères : un manteau en fausse-fourrure « La Seine et Moi ». Quelques clics plus tard, me voilà en train de rêver braver des tempêtes avec une de ces merveilles sur le dos et de m’adoucir l’égo sur toutes les jolies pièces du e-shop. Car « La Seine et Moi » ce n’est pas seulement des manteaux et accessoires beaux à pleurer, c’est aussi une marque qui, en plus d’avoir reçue le prix de la meilleure marque de fausse fourrure par la PETA en 2016, imagine et fabrique tous ses produits à Paris, avec des matières françaises. Lydia Bahia est incroyable. La douceur et l’inspiration qu’elle dégage me font l’effet d’une menthe à l’eau en plein été : un bien fou.

Quel genre d’humaine es-tu sur la planète ?

Lydia Bahia : Je me vois comme une poussière. Pour moi on est presque inexistant. J’ai toujours été passionnée par l’astronomie. J’aime être dans un endroit avec seulement des étoiles, je peux rester comme ça pendant des heures à admirer l’immensité du ciel. J’ai besoin de voir loin. On est peu de chose face à la grandeur de l’univers. D’un côté je suis très carriériste, battante, avec le sentiment de vouloir exister et d’exister, d’arriver à faire quelque chose de bien, d’utile. Et d’un autre côté, parfois, j’ai ces moments où je prends le temps, je mets pause.

 

 

Plus jeune, as-tu le souvenir de la vision que tu avais de la fourrure ?

Lydia Bahia : Quand j’étais petite, j’associais ça à un vêtement élégant mais ce n’était pas quelque chose qui m’intriguait ou m’intéressait. L’accessoire qui a vraiment marqué mon enfance c’est le foulard Hermès que ma mère portrait qui incarnait réellement le chic à mes yeux. Elle en portait tous les jours et elle en porte toujours aujourd’hui. Enfant je me disais qu’il fallait que je sois studieuse à l’école pour pouvoir à mon tour m’acheter des jolis foulards Hermès. Le déclic du beau manteau je l’ai eu à 20 ans, quand j’ai commencé à chercher de jolies pièces bien chaudes.

Est-ce que tu peux partager avec nous les moments clés qui ont participé à l’élaboration de ta première collection ?

Lydia Bahia : Un jour, ma meilleure amie partage avec moi ses doutes par rapport à un manteau en fourrure qui appartenait à sa grand-mère, qu’elle aimait beaucoup mais qu’elle n’avait du pas du tout envie de porter. Elle a commencé à m’expliquer que par rapport à ses convictions et combats c’était impossible pour elle de porter une pièce comme celle-ci malgré la relation sentimentale qu’elle avait avec ce manteau. Au fur et à mesure de nos conversations j’ai commencé à être sensibilisée à pleins de sujets liés à l’éthique animale et je me suis ensuite beaucoup intéressée à ces thématiques. Le premier déclic s’est fait quant au cours de mes recherches je me suis confronté à la vérité. Je me suis rendue compte qu’il n’y avait aucun contrôle sur la fourrure qui rentrait en France, notamment les produits importés de Chine qui utilisent parfois des fourrures d’animaux domestiques. À ce moment là, je n’avais pas du tout en tête de créer une marque de mode même si il semblait évident qu’il fallait trouver des produits alternatifs. Le deuxième déclic s’est fait lors d’un de mes voyages à New York. J’avais fait réaliser un manteau sur-mesure en fausse fourrure, pour moi, pour me faire plaisir, et beaucoup de passant.e.s ou vendeurs.deuses m’arrêtaient dans la rue et dans les magasins pour me demander la provenance de mon manteau. J’ai compris qu’il y avait une réelle demande et un vrai créneau pour une marque.

 

 

Tes produits sont inspirés de tes nombreux voyages à New York, Londres et de Paris. Quels traits de caractères tes produits ont pris de chacune de ces destinations ?

Lydia Bahia : Les couleurs de Londres, les coupes de Paris, parce que les produits sont plus cintrés que ceux proposés par d’autres enseignes, et les hivers new-yorkais. Nos produits sont très chauds et sont parfaits pour affronter les chutes de températures ! Ces trois influences réunies plaisent énormément à notre clientèle étrangère qui est à la recherche de coupes plus près du corps, d’élégance avec malgré tout un petit grain de folie.

Aujourd’hui, malgré de nombreuses initiatives et une multiplication des informations concernant l’impact écologique de la mode dans la société, il reste encore un long trajet à faire parcourir à la conscience collective. Pour toi la mode elle doit tendre vers quoi ?

Lydia Bahia : L’industrie de la mode doit s’efforcer à produire davantage en local avec des contrôles renforcés. J’aimerais que les grandes enseignes changent et arrêtent d’avoir un impact social et écologique désastreux. Quand on sait qu’ils épuisent des populations entières et qu’ils s’enrichissent de ces procédés c’est dramatique. La mode doit tendre vers l’humain. Je suis depuis très longtemps un groupe sur Instagram qui s’appelle « Who made you clothes » et je pense que c’est primordial d’informer et de s’informer sur les conditions dans lesquelles sont fabriquées nos vêtements.

 

 

Ton créneau à toi c’est de proposer aux femmes de se couvrir avec une mode différente. Est-ce que tu peux nous expliquer le processus créatif qui t’a amené à te lancer dans cette direction ?

Lydia Bahia : Au départ je voulais un manteau pratique avec une capuche et une bonne longueur. Les manteaux que je trouvais dans les magasins étaient soit trop courts soit trop longs, et comme je suis petite je ne trouvais pas de produit qui me convienne. Le premier manteau que j’ai imaginé s’arrête mi-cuisse pour protéger du froid tout en gardant une coupe confortable. Il a aussi une capuche, qui pour moi est indispensable. Pour toutes les personnes qui n’ont pas toujours un parapluie avec elles ou pour être bien au chaud l’hiver.  Le premier manteau de la collection représentait vraiment le manteau dont j’avais besoin dans ma garde-robe mais que je ne trouvais pas en magasin. Ensuite j’ai développé le manteau « Louise » qui est le manteau court avec un col que tu peux monter ou descendre à l’aide d’un crochet. Encore une fois, le côté pratique était au cœur de la création de ce modèle. Je ne regarde jamais les produits des autres enseignes pour ne pas être influencée mais j’aime bien m’inspirer des coupes des manteaux rétro. Mes rencontres, mes échanges avec mes clientes ont aussi un impact sur mes choix pour mes collections. Je suis toujours très à l’écoute.

Tes produits, en plus de sublimer les silhouettes, ont-ils aussi vocation à faire avancer les mentalités, à provoquer un changement dans nos manières de consommer la mode ?

Lydia Bahia : J’essaye de partager un message positif. Chacun est libre de choisir les vêtements qu’ils souhaitent. Je connais la valeur de mes produits et par expérience, une fois qu’une cliente essaye un de nos manteaux, elle l’adopte et se convertie d’elle même à la fausse fourrure.

 

 

Les fausses idées que ce font les gens sur la fausse fourrure tu les adoucis comment ?

Lydia Bahia : La fausse idée la plus répandue est sur la qualité du produit. La fausse fourrure est très souvent caractérisée comme de mauvaise qualité. Jusqu’à la saison dernière très peu d’enseignes proposaient des produits à base de fausse fourrure et encore moins des produits qualitatifs. Ma clientèle au départ était très surprise en rencontrant mes produits. Il fallait que je montre l’étiquette parfois pour prouver que c’était bien de la fausse fourrure (rires). Cette année la fausse fourrure est devenu un produit phare. Les enseignes de la fast-fashion proposent des produits d’une qualité un peu meilleure qu’auparavant mais aucune enseigne ne présente des produits comme ceux qu’on propose chez « La Seine et Moi ». Tous nos produits sont fabriqués avec des tissus français dans un atelier parisien avec des finitions réalisées à la main, ce qui explique la très haute qualité de nos produits. Pour adoucir cette mauvaise image, je propose à mes clientes d’essayer nos produits. Essayer c’est l’adopter, et ça marche à tous les coups !

Les prochaines dates ou infos à noter dans nos agendas ?

Lydia Bahia : De nombreuses surprises à venir à partir de février avec des nouveautés ! Pour suivre toutes nos actualités, rendez-vous sur Instagram @la_seine_et_moi.

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