Histoires
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INTERVIEW / Judith Benita

Des bijoux nommés désir

Si vous venez d’atterrir sur la planète d’érable, la rubrique « Histoires » c’est des interviews et un tout nouveau podcast intitulé « Nice To Hear You ». L’intérêt du bidule ? Partager avec vous, sans chichi mais avec beaucoup de chantilly, des entretiens inspirants avec des artistes, entrepreneurs•neuses, créateurs•trices et autres humain•es sympas. 

Les bijoux et moi c’est une grande histoire qui commence par « Il était une fois » mais qui ne finit jamais. J’ai de nombreuses gourmandises les concernant et j’ai développé au fil des années une sorte d’attirance éclectique à leurs égards. Qu’ils soient délicats, fins, massifs, colorés, originaux, bruts ou discrets : je les aime tous. Mais je dois l’admettre, depuis quelques temps, ce sont les bijoux dorés à l’or fin qui investissent sans cesse mes désirs. Quand j’ai découvert le travail de Judith Benita, un nouveau crush est né. Si on ajoute à cette recette parfaite du délicat une pincée de fluo, on obtient des collections qui font tournées la tête de tout Paris et d’ailleurs. En témoignent les nombreux points de vente dans lesquels ces trésors sont disponibles. Comme toujours, je n’avais pas envie de m’arrêter là et j’ai demandé à Judith qu’on papote bijoux.

Voici donc notre entretien.

 

Vous êtes quel genre d’humaine sur la planète ?

Judith Benita : Je pense être une personne avec des valeurs humanistes et éthiques que j’essaye de transmettre dans mon quotidien comme dans mon travail, mais mes visions de l’humain et de la planète ont changées depuis que j’ai des enfants. J’ai une hyper sensibilité au monde permanente qui est parfois fatigante. Les larmes aux yeux pour rien, une chanson peut me troubler, parfois écouter les infos c’est trop douloureux. C’est la même chose pour les sentiments heureux qui provoquent une certaine euphorie.

 

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Dans votre enfance, est-ce que vous vous rappelez de votre vision et de votre relation avec les bijoux ?

Judith Benita : Je me suis aperçue de cette relation plus tard en faisant des connections. J’ai fait un BTS à l’école Duperré en stylisme/vêtements, mais j’ai rapidement senti que je n’évoluerais pas dans ce domaine. J’ai ensuite enchaîné sur une licence pro, spécialisation « accessoires ». Par la suite j’ai fait des stages et c’est là que je me suis formée. Mais ma relation aux bijoux est arrivée bien plus tôt. Ma mère a été l’assistante d’un designer américain pendant plusieurs années. Avant elle était professeur d’arts plastique, elle fait beaucoup de peinture… j’ai toujours baigné dans cet univers. Ma tante a travaillé pendant très longtemps avec un créateur de bijoux qui s’appelle « Stefano Poletti » qui utilise beaucoup la technique du verre soufflé. C’est une marque très créative, qui a fabriqué des pièces pour des défilés. Je me rends compte que je baignais beaucoup là dedans quand j’étais petite, sans m’en rendre vraiment compte. J’allais souvent dans des ateliers, mes parents ont pas mal de copains du milieu. J’ai fait un mini-stage chez Stefano à l’âge de 10 ans et c’était une sorte de révélation. Le travail manuel m’a tout de suite énormément plu. Mon appétence pour le bijou s’est développée naturellement. Après Duperré j’ai fait un stage pour un designer de lunettes, qui s’appelle « Lucas de Staël » qui fait des lunettes de luxe, réalisées à la main, avec des matières nobles comme le cuir, par exemple. J’ai toujours aimé travailler en tout petit, travailler les détails. C’est pour ça que l’univers du vêtement me déplaisait, c’était à trop grande échelle. S’est ensuite couplé à ça l’envie de monter ma propre entreprise.

 

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Il y a quelques mois, je découvrais l’exposition « Médusa, bijoux et tabous » au Musée d’Art Moderne de Paris et on pouvait y lire la chose suivante : un bijou engage un faiseur, un porteur et un spectateur. Comment vivez-vous chacun de ces rôles ?

Judith Benita : J’aime porter des pièces sentimentales, des bijoux qui viennent de mes grands-parents ou que mon mec m’a offert. Ce qui est drôle c’est que j’aime fabriquer des pièces colorées alors que j’aime porter des choses très simple, dorées, fines.

 

Ça m’arrive assez souvent de croiser des passantes avec mes pièces et ça fait toujours une drôle de sensation. C’est beaucoup de joie et ça me surprend toujours autant. Maintenant que j’ai la boutique, je rencontre ma clientèle mais c’est toujours grisant de croiser quelqu’un dans la rue et de se dire que sur la très large offre de bijoux qui existe, les personnes ont choisies une de mes créations. Mon travail reste très solitaire. Je suis dans mon petit atelier toute la journée. Certains jours quand je réalise toute la journée des tâches très minutieuses, comme le montage des bijoux, je suis dans une bulle.

Le bijou est chargé d’une valeur symbolique sentimentale très forte et incarne un réel vecteur de message. Qu’est-ce que vous souhaitez transmettre comme émotion ou message aux personnes qui portent et qui regardent vos bijoux ?

Judith Benita : Mes bijoux sont des bijoux du quotidien avec une touche pop notamment avec les couleurs fluo que j’adore. J’aime bien l’idée qu’un bijou est un petit détail qui rehausse un look. Je ne le vois pas du tout comme un élément central parce que je fais des toutes petites pièces. Je n’aime pas trop les parures où toutes les pièces sont assorties les unes avec les autres. Il y a quand même plusieurs grosses pièces dans mes collections avec, par exemple, les boucles d’oreilles Sergent XXL. Je tiens compte des saisons quand je pense mes collections en adaptant un peu les coloris mais je trouve que le bijou peut se passer de cette contrainte là. On peut faire ce qu’on veut, toute l’année. Le fluo est une de mes couleurs permanentes que je propose à chaque collection, et mes clientes achètent des pièces fluo été comme hiver. Mes collections, je les élabore en fonction de mes envies du moment, je ne réfléchis pas à des formes qui répondent aux saisonnalités.

 

 

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Vos collections s’articulent autour d’une matière, le laiton, et d’une technique, la couleur laquée. Pourquoi avoir choisi de travailler exclusivement ce procédé ?

Judith Benita : J’ai toujours adoré les couleurs fluo. Les paillettes et les couleurs fluo sont vraiment ce que j’aime le plus. Je passais souvent devant un magasin qui s’appelle « Rubans de Normandie » qui est un magasin d’adhésifs et colles industriels et ils avaient en vitrine la gamme de tous les fluo avec du vert, du jaune, du orange, du rose. Un jour, j’ai acheté les quatre rouleaux et j’ai changé complètement d’axe de création. Au départ, je faisais des créations qui n’ont rien à voir avec ce que je fais aujourd’hui : je confectionnais des plateaux en laiton recouverts de tissus. Suite à cet achat, j’ai commencé à peindre sur des tubes avec de la couleur fluo. J’ai donc proposé deux collections : une des créations en tissus et une autre avec des tubes enroulés de scotch colorés que je vernissais. Progressivement j’ai arrêté les plateaux en tissus et me suis concentrée sur l’autre procédé. Ces derniers sont encore présents dans mes collections d’ailleurs, sauf qu’aujourd’hui ils sont laqués. L’évolution du produit est importante ainsi que les obstacles qu’on rencontre pour le créer. C’est d’ailleurs dans ces cas ci que nous sommes les plus créatifs.

En Occident, depuis la fin de l’ère industrielle, le bijou est considéré comme un accessoire féminin dont il est censé mettre en valeur la beauté. Est-ce que vous pensez qu’aujourd’hui que c’est encore le cas ou qu’une évolution des comportements et des mentalités est notable ?

Judith Benita : Le bijou est complètement désacralisé. Avant, il avait un rôle social fort et les hommes portaient beaucoup de bijoux. Aujourd’hui c’est un rapport plus personnel entre le porteur et l’objet. Les hommes sont de nouveau en demande et à la recherche de produits. J’ai l’impression qu’ils sont un peu frustrés par les propositions qu’il y a sur le marché : c’est souvent des gros liens en cuir ou des produits plus grossiers en argent. Des bijoux fins pour homme, simples et élégants, plairaient beaucoup.

 

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En tant qu’acheteuse de bijou, que recherchez-vous?

Judith Benita : La finesse et la discrétion. J’aime bien les marques comme « Monsieur Paris » qui proposent des pièces fines. J’avais une bague que m’a offert ma grand-mère qui était vraiment jolie, dans un style un peu oriental avec deux anneaux fins dorés avec au milieu un petit fil d’or que j’aime énormément et qui résume bien ce que j’aime trouver dans les bijoux.

Est-ce que tu aurais une folie bijou à nous partager ?

Judith Benita : La créatrice Marion Vidal qui propose des pièces avec des grosses perles de verres translucides qu’elle monte sur une chaîne fine avec des gros tubes en laiton doré. Ses sautoirs ressemblent à des mobiles. C’est magnifique ! Le résultat final est un peu déséquilibré, le sautoir fait du bruit quand tu bouges. C’est délicat et en même temps massif et aérien.

Les prochaines dates ou infos à noter dans nos agendas ?

Judith Benita : Je serais présente au salon Maison&Objet du 19 au 23 janvier 2018 (Hall 6 – Stand J47). Vous pourrez m’y rencontrer et découvrir les pièces de la nouvelle collection ! Vous pouvez aussi retrouver toutes les actualités de la marque sur Facebook et Instagram.

 

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