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INTERVIEW / Blondifox

Quand je serai grande, je m’habillerai comme une enfant

J’ai rencontré Charlotte il y a quelques mois. On s’était donné rendez-vous chez MONA by My Little Paris, histoire de papoter, entourées d’une bibliothèque féministe inspirante, tout en dégustant un latte soja bien au chaud. Charlotte vivait encore à Londres à cette époque et je sautais sur l’occasion d’un de ces passages à Paris pour lui poser toutes mes questions. Charlotte est d’une douceur indescriptible, comme ses créations. Comme souvent, j’ai découvert Blondifox au détour d’un clic. Je me fais régulièrement des petits rades numériques à la recherche de nouvelles marques, de créateurs/créatrices qui répondent à mes attentes en terme de fabrication, idées, ambitions. Son sweat à volants est resté scotché sur le plafond de ma mémoire un paquet de temps. La nuit je fermais les yeux et je contemplais ses coutures avec envie, passion. Parce que oui, l’obsession me définit bien. Les belles choses me collent à la botte et je n’arrive pas à m’en défaire. Comme un chewing-gum de la sape en fait. Mais en mieux. Depuis notre rencontre, l’aventure Blondifox a pris une nouvelle tournure. Charlotte me parlait déjà à l’époque de son envie de revoir le fonctionnement de son entreprise et pour donner un nouveau souffle à la marque et libérer ses stocks, l’ensemble des pièces sont actuellement en soldes. Avec le code « BYEBYE » c’est -15€ supplémentaires que vous pouvez déduire de vos commandes. Une bien trop chouette occasion pour se faire plaisir, soutenir le travail d’une marque comme Blondifox et faire continuer l’aventure dans vos placards.

Mais avant toute chose, trempez vos souvenirs d’enfance dans les paroles de la créatrice. Histoire de faire le plein de soleil et de nostalgie.

 

T’es quel genre d’humaine sur la planète ?

Charlotte Pénide : Je dirais « humaine » dans le sens où je crois que je suis tournée vers les autres. Je suis un peu timide mais ça ne se voit pas forcément. Je ne fais pas ce que je n’aimerais pas qu’on me fasse. J’espère être quelqu’un d’intègre et honnête.

La définition de l’enfance dans le dictionnaire est la suivante : « Période de la vie humaine qui va de la naissance à l’adolescence. Littéraire. Origine, commencement, début d’une chose susceptible de développement. ». Si tu devais donner TA définition de l’enfance ce serait laquelle ?

Charlotte Pénide : C’est une période de la vie mais en même temps c’est un peu un état d’esprit je dirais. Une façon d’être. Je pense qu’il faut toujours garder une part d’enfance pour être heureux parce que sinon on est un peu trop dans les soucis, le quotidien. Sans être un Peter Pan, il faut savoir garder une part de folie et d’insouciance parfois. Sans tomber dans les clichés de minauderie ou de ne pas vouloir grandir.

Tu l’expliques sur ton site internet, le prêt-à-porter est un domaine que tu as côtoyé très jeune puisque que tes grands-parents tenaient une boutique en Espagne. Est-ce que tu as quelques souvenirs marquants a partager avec nous de cette période ?

Charlotte Pénide : Quand je suis née, la boutique n’existait déjà plus mais j’ai baigné dans les souvenirs racontés par ma grand-mère. Elle me racontait que la duchesse venait se faire coiffer dans le salon de la boutique. Ils aimaient bien ce côté paillettes avec la bourgeoisie espagnole qui venait se faire chouchouter ou faire des emplettes à la boutique, qui était à l’époque assez connue. Ma grand-mère ne s’est jamais acheté d’appartement mais elle avait les plus beaux manteaux, les plus belles bottes, elle ne sortait jamais mal coiffée ou pas maquillée. Elle est partie à 92 ans et je l’ai toujours connu pimpante avec un style très affirmé. J’ai toujours été sensibilisée à la mode mais j’ai mis longtemps à m’en rendre compte. Quand j’ai créé la marque Blondifox ma grand-mère m’a dit que la boutique s’appelait « Picadilly », et, à l’époque j’habitais Londres. J’avais l’impression que tout commençait à faire sens dans ma vie alors que j’étais un peu paumée, que j’avais peur de me lancer dans le projet.

 

Quelle est ta madeleine de Proust vestimentaire ?

Charlotte Pénide : La robe à smocks. Je n’en porte plus mais j’adore. Quand j’étais petite j’en avais marre d’être habillée comme une poupée avec une couette, ma robe à smocks, un col Claudine et le nœud qui s’accroche derrière. En Espagne on habille encore beaucoup les petites filles de cette façon. Si tu as le bonnet avec la lanière qui gratte c’est encore mieux (rires). Je me rappelle que je ne voulais pas porter cette tenue mais quand je revois des photos ça m’inspire pour mes collections.

 

Petite, ta vie d’adulte tu la rêvais habillée de quelle manière ?

Charlotte Pénide : Je ne la rêvais pas. Je ne me rappelle pas me poser ces questions. Après je suis passé par tous les stades (rires). Mais j’ai toujours aimé les vêtements oversize. En plus, je fais jeune, alors j’en joue beaucoup. J’aime les robes simples, faciles à enfiler, confortables mais qui font très baby doll. J’ai toujours joué sur l’image de la « femme-enfant ».

 

 

Quand on parle d’enfance, on arrive aux notions d’éducation. Qu’est ce que l’on t’a inculqué dans ton enfance qui t’a permis de te lancer dans cette aventure ?

Charlotte Pénide : C’est drôle parce que c’est quelque chose à laquelle je pense souvent par rapport à Pia, aux valeurs que j’aimerais lui inculquer. L’écouter, lui donner un cadre, trouver le bon équilibre entre les deux. J’ai l’impression d’avoir eu une éducation assez stricte, un peu traditionnelle. Je ne me rappelle pas de mes parents me parlant d’entreprenariat. Et en même temps, sans m’en rendre compte je suis la personne que je suis aujourd’hui avec des valeurs que j’estime bonnes. Mon père travaillait beaucoup, ma mère était femme au foyer et ma mère m’a toujours dit « il faut travailler » (rires). J’ai eu la chance d’avoir des parents qui m’ont toujours incité à faire ce que j’avais envie de faire, à toujours pousser plus loin mes centres d’intérêts. Mais c’est surtout mon mari, qui est entrepreneur et qui a crée son entreprise il y a 6 ans, c’est lui qui a été un déclic en me disant : « Qui ne tente rien n’a rien. Au pire tu te trompes, mais tu n’auras plus ça en toi, ce regret de ne pas l’avoir fait. ». C’était le bon moment aussi. Nous n’avions pas d’enfant, on habitait à Londres, il n’y avait pas trop d’enjeux.

Aujourd’hui tu es maman, quel nouvel impact à l’enfance sur ton travail ?

Charlotte Pénide : Avant ma grossesse, j’ai sorti une petite collection pour enfants. Il y a des petits tee-shirts pour femmes avec des phrases enfantines brodées comme « turlututu chapeau pointu », et ces modèles existent aussi pour les enfants. Dans ma vie quotidienne l’enfance a un impact majeur puisque je suis maman à plein temps (rires). L’arrivée de ma fille m’a donné envie de revoir le fonctionnement de ma marque. J’aimerais réaliser des accessoires, travailler en marque blanche, favoriser la pré-commande. Aujourd’hui je ne peux plus faire vivre ma marque de la même manière qu’avant alors j’essaye de trouver de nouvelles solutions.

 

 

Si Blondifox était une comptine, quelle en serait la mélodie ?

Charlotte Pénide : Ce serait « Une chanson douce » qu’on chante pour apaiser les femmes et les enfants. C’est la comptine que je chante à ma fille en ce moment et j’aime beaucoup cette comptine.

Que souhaites-tu transmettre comme valeurs, comme messages à tes clientes ?

Charlotte Pénide : Blondifox c’est des modèles en toute petite série. Mes clientes achètent des pièces quasiment uniques, qui vont durer dans le temps car la qualité est au rendez-vous. Je veux que ma communauté, mes clientes fassent partie d’une identité, d’un gang de filles qui partagent les mêmes valeurs, qui font attention à ce qu’elles consomment, à ce qu’elles achètent tout en ayant un style affirmé. Chaque nouvelle pièce que je réalise peut être portée de plusieurs façons et donc aller à tous les styles.

 

 

Selon le philosophe Nietzsche, l’enfance est un éveil et l’âge adulte, en opposition, une sorte de sommeil chargé de fardeaux glissant loin du bonheur. Avec ta marque, Blondifox, tu souhaites proposer des collections espiègles aux femmes du quotidien. Comment on propose une collection de vêtements pour femmes adultes avec une pincée de bonheur enfantin ?

Charlotte Pénide : Plus que le vêtement en lui même, c’est surtout la façon de le porter qui compte je pense, qui donne cette allure espiègle. Je joue beaucoup sur les coupes également. J’utilise des volants, des coupes oversizes, des poches pour mettre ses mains dedans pour bouder (rires). J’adore utiliser des contrastes de couleurs avec des poches rouges sur un vêtement bleu, par exemple. Ces codes sont plus souvent utilisés dans des vestiaires enfants et apporte cette touche enfantine que j’affectionne tant.

Est-ce que c’est une forme de nostalgie qui s’exprime dans tes collections ?

Charlotte Pénide : Surement, oui. Je suis très nostalgique de mon enfance. À chaque fois que je rentre à Biarritz dans ma maison d’enfance, rien n’a changé. La décoration un peu désuète, les objets, le papier peint. C’est un endroit chargé d’émotions dans lequel on se retrouve tous et duquel j’aime m’inspirer. Le dernier lookbook de la collection a été shooté dans cette maison. Chaque pièce de mes collections a un prénom, au départ c’était les prénoms de mes neveux, nièces, ami.e.s.

 

Puis j’ai choisi des prénoms que j’aimerais donner à mes enfants. Mes collections sont très personnelles.

Tes collections sont façonnées en Bulgarie, dans un petit atelier tenu par une femme et sa fille. Une fois encore, l’enfance, le nœud familial, l’apprentissage est mis à l’honneur. Comment est née cette collaboration ?

Charlotte Pénide : Je voulais créer ma marque de vêtements mais je ne connaissais pas de prestataires qui accepteraient de faire des pièces en petites séries. Après une recherche sur internet, je suis tombée sur Daisy. Elle était à Londres et sa maman possède et travaille dans une usine de fabrication en Bulgarie. On a discuté, et de fil en aiguille, on est devenue amies. Depuis le tout départ, nous travaillons ensemble sur les collections et en plus d’un savoir-faire familial, c’est une réelle collaboration humaine qui s’est nouée autour de cette aventure.

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